Tombe du soldat de l’an II

Grenadier, Chevalier de la Légion d’honneur, Jean Chabot est né en 1773 à Balzac où il passa toute son enfance et son adolescence. Les périodes troublées qui suivirent la révolution de 1789 donnèrent au jeune homme une destinée peu commune. A l’appel de l’Assemblée législative de juillet 1792, il s’engagea volontairement dans l’armée et combattit avec ardeur de 1793 à la 9ème année de la République. Ces longues années passées au service du pays sont une preuve évidente du patriotisme de ce valeureux garçon qui a supporté de grandes pivations et l’âpreté des champs de bataille.

Il a servi dans des corps d’armée prestigieux. Sous la convention et le Directoire, il fit le coup de feu avec l’Armée du Nord de Jourdan et Pichegru. Sous le Consulat, lors de la deuxième Campagne d’Italie, il servit à Marengo dans le corps d’armée de Desaix, jeune général considéré comme un génie militaire. Quelques mois plus tard, au passage du Mincio, il était dans la célèbre division Gazan dont le soutien à Dupont de l’Etang permit de vaincre à Pozzolo et ainsi à toute l’armée de se porter sur l’Adige.

Jean Chabot était grenadier et s’est distingué à deux reprises, au cours de charges à la baïonette. A Marengo, il mit en fuite un peloton de cavaliers et s’empara de deux chevaux. Au passage du Mincio, il contribua à la prise de deux pièces de mortier, d’un officier autrichien et de dix sept canonniers. Ces faits d’armes lui valurent l’attribution d’un fusil d’honneur.

En 1792, la situation militaire aux frontières du nord devient alarmante et la formation de la coalition Austro-Prussienne rend inévitable l’ouverture de nouveaux fronts. Dans ce contexte, le 11 juillet, l’assemblée législative proclame « La Patrie en danger » et, par la loi du 22 juillet, ordonne la levée de quarante deux nouveaux bataillons de volontaires. Parmi tous ces volontaires animés par le sentiment d’appartenir à une grande nation, Jean Chabot souscrit son engagement le 15 août 1792 à l’âge de 19 ans. Le 14 septembre, il entre en service dans le 11è bataillon des Réserves. En poste dans les garnisons du nord, il est appelé à défendre les frontières au moment du retrait de Belgique des armées de Dumouriez. Jean Chabot combat avec ardeur dans l’Armée du Nord pour la reconquête de la Belgique puis l’invasion de la Hollande. Pendant les années 1796, 97, 98, qui voient une paix partielle et fragile s’instaurer et le théâtre des opérations s’éloigner en Italie puis en Egypte, Jean Chabot et sa demi-brigade sont maintenus aux confins des régions bataves, entre la Zélande et le Rhin. L’armée du Nord à laquelle ils appartiennent devient l’Armée du Nord et de Batavie le 25 octobre 1797. Jean Chabot sera blessé d’un coup de feu à la jambe à Arheim au cours d’une opération lors des hostilités relancées par la deuxième coalition.

Les marques de reconnaissance

Jean Chabot fut nommé Fusilier Grenadier le 14 août 1800. Cette nomination salua les mérites de ce soldat après sa blessure en Hollande et son comportement exemplaire à Marengo. A l’origine et jusqu’au milieu du 18è siècle, les Grenadiers étaient les soldats qui lançaient les grenades. Leur spécialité exigeait force physique, adresse, discipline et surtout courage puisqu’elle les plaçait toujours devant leurs camarades pendant la bataille. Pour toutes ces qualités, les Grenadiers étaient considérés comme les meilleurs soldats. Et lorsque la spécialité en tant que telle vint à disparaître, on conserva le nom de Grenadiers pour désigner les hommes formant les unités d’élite.

Jean Chabot, qui avait démontré des capacités remarquables, rejoignit ainsi la compagnie des Grenadiers de son bataillon au cours de l’été 1800. Jusqu’à la fin de sa carrière, il fit donc partie de l’élite de la 72è demi-brigade, composée de trois compagnies de Grenadiers, une par bataillon. A ce titre, il bénéficia de toutes les attentions: il reçut une solde supérieure, il fut mieux nourri, posséda un armement complet et en particulier, signe distinctif du Grenadier, il porta le sabre.

La reconnaissance nationale

La fin de la deuxième Campagne d’Italie marque aussi la fin des campagnes de Jean Chabot. Au passage du Mincio, sa charge à la baïonnette et sa contribution à la prise de deux canons, un officier autrichien et dix sept canonniers lui valurent comme récompense nationale un fusil d’honneur.

L’attribution d’une arme d’honneur, à tout soldat qui se distinguait par une action d’éclat, s’appuyait sur l’article 87 de la Constitution et l’arrêté du 25 décembre 1799. Ce dernier prévoyait aussi que « tout militaire qui aura obtenu une de ces récompenses jouira de cinq centimes de haute paye par jour. » La nature de la récompense dépendait de l’unité à laquelle appartenait le bénéficiaire, de son grade et de sa fonction: fusil d’honneur pour les grenadiers et soldats, trompette, baguette d’honneur pour les tambours, mousqueton pour les militaires des troupes à cheval, sabre d’honneur principalement pour les officiers… Chaque récompense comportait une plaque en argent avec une inscription contenant le nom du titulaire et la citation de son acte de bravoure.

Le fusil d’honneur décerné à Jean Chabot était du modèle réglementaire, mais de finition plus soignée, avec un écusson d’argent à quinze onces sur la joue droite de la crosse. Il s’agissait du fusil d’infanterie, modèle 1777, provenant de la manufacture d’Armes de Versailles. Il fut attribué le 10 mars 1803, accompagné d’un brevet avec la citation: « pour avoir pris une pièce de canon à l’ennemi après une charge à la baïonnette dans laquelle il montra la plus grande bravoure ».

La légion d’honneur fut instituée le 19 mai 1802. Comme tous les bénéficiaires d’une arme d’honneur, Jean Chabot en devint membre de droit, dans la première promotion des Chevaliers du 24 septembre 1803. Il reçut sa nomination le 15 décembre 1803. Ce titre de Chevalier de la légion d’honneur fut transformé, sous Louis XVIII, en chevalier de l’Ordre Royal de la Légion d’honneur. Le serment, prêté à cette occasion par notre valeureux fut visé par Monsieur Jean Frétillier, Maire de Balzac, le 12 décembre 1816.

A son retour des armées, Jean Chabot se consacra à l’exploitation familiale située à la Chapelle de Balzac. Il épousa Marie Guionnet et de l’union naquirent quatres enfants. Jean Chabot est décédé le 15 mars 1863, dans sa 90è année. Dans le cimetière de Balzac, on peut voir son tombeau en pierre, comportant une plaque commémorant ses faits d’armes et sur lequel sont sculptés son fusil d’honneur, sa légion d’honneur et son sabre de Grenadier.